Définition dans Jewish Encyclopedia
Benyamin
BENJAMIN
Données bibliques : Plus jeune fils de Jacob par Rachel, qui mourut sur la route entre Béthel et Éphrata en le mettant au monde. Elle le nomma « Ben-oni » (fils de ma douleur) ; mais Jacob, pour conjurer le mauvais présage, l’appela « Ben-Yamin », fils de la main droite, c.-à-d. de la bonne fortune (Gen. xxxv. 17, 18).
Benjamin resta auprès de son père lorsque ses frères descendirent en Égypte pour acheter du blé pendant la famine, mais Joseph exigea qu’il vînt avec eux lors de leur seconde visite. Jacob craignant de le laisser partir, étant le seul fils vivant de Rachel, Juda se porta garant de sa sûreté et obtint finalement la permission paternelle de l’emmener (Gen. xlii., xliii. 8-10). Joseph reçut son jeune frère avec une attention particulière ; mais, au moment du départ des frères, il les mit à l’épreuve en tendant un piège et en faisant accuser Benjamin d’avoir dérobé sa coupe d’argent, et voulut le garder comme esclave. Juda, fidèle à sa promesse, se présenta devant Joseph et implora d’être pris comme esclave à la place de Benjamin, car la perte de Benjamin plongerait son père dans le chagrin jusqu’au Sheol ; voyant que ses frères n’étaient pas aussi cruels envers l’un des fils de Rachel qu’ils l’avaient été envers lui, Joseph se fit connaître (Gen. xliii., xlv.). Benjamin, jusqu’alors appelé « enfant » (Gen. xlii. 13 ; xliv. 20), suivit son père en Égypte, Jacob lui-même devenant père de dix fils (Gen. xlvi. 21).
La tribu de Benjamin est décrite dans la bénédiction de Jacob (Gen. xlix. 27) comme belliqueuse : « Benjamin est un loup qui dévore ; le matin il dévorera la proie, le soir il partagera le butin. » Dans le désert, où Benjamin formait partie du camp des fils de Joseph, la tribu compta 35 400 guerriers, puis 45 600 hommes (Nombres i. 36 ; ii. 22-23 ; x. 22-24 ; xxvi. 41). Dans I Chron. vii. 6-11, on trouve le chiffre de 59 434 hommes. La nature astucieuse et belliqueuse des Benjamites se manifeste par le fait qu’ils furent entraînés comme guerriers gauchers pour surprendre l’ennemi (Juges iii. 15-21 ; xx. 16 ; I Chron. xii. 2). Ils furent réputés archers courageux et habiles (I Chron. viii. 40 ; xii. 2). Un acte cruel d’inhospitalité des hommes de Guibea, rappelant les Sodomiens, mit la tribu entière sous le ban ; une guerre s’ensuivit où toutes les autres tribus faillirent anéantir la petite tribu ; de plus, elles jurèrent de ne donner aucune de leurs filles aux Benjamites. Ce n’est qu’au dernier instant, quand tous sauf 600 hommes furent tués, qu’on trouva un moyen de procurer des épouses aux survivants afin d’empêcher l’extinction de la tribu (Juges xix.-xxi.). Malgré cela, la petite tribu de Benjamin devait occuper une place éminente dans l’histoire d’Israël. Elle donna au peuple son premier roi, Saül, fils de Kis (I Sam. ix. 1) ; et lorsque Saül mourut, son fils Isch-Boscheth régna deux ans sur Benjamin et les autres tribus, sauf Juda (II Sam. ii. 8-9). En réalité, Benjamin se considérait longtemps comme le frère cadet de Joseph bien après que David eut réuni toutes les autres tribus à la sienne, Juda (II Sam. xix. 21 [20]).
Le territoire de Benjamin était si favorablement situé qu’il donna à la tribu une importance dépassant sa proportion numérique. Bordant la Josephite au nord et la Judéenne au sud, touchant le Jourdain, et se trouvant sur la voie de Jéricho aux collines septentrionales de Jérusalem, il comprenait des villes telles que Guibea, Gabaon, Béthel, etc. Selon la tradition rabbinique, une partie du district du Temple se trouvait sur la terre de Benjamin (Jos. xviii. 11-21 ; Josephus, “Ant.” v.1, §22 ; Sifre, Wezot ha-Berakah, 352). Cette excellente situation est évoquée dans la bénédiction de Moïse : « Le bien-aimé du Seigneur habitera en sécurité auprès de lui ; il le couvrira tout le jour, et il demeurera entre ses épaules » (Deut. xxxiii. 12). À la séparation des tribus du Nord, Benjamin demeura fidèle à la maison de David (I Rois xii. 21), et partagea donc le sort de Juda lors de la restauration (Esdras iv. 1 ; x. 9). Mardochée, le Juif fidèle, descendait de Saül de la tribu de Benjamin (Esth. ii. 5) ; et Paul, dont le nom hébraïque était Saül, se disait aussi Benjamite (Rom. xi. 1 ; Phil. iii. 5). En revanche, il est peu probable que Ménélas et Lysimaque aient été autorisés à exercer la fonction de grands prêtres s’ils descendaient de la tribu de Benjamin, comme II Macc. iii. 4 (comp. iv. 23, 29) semble l’indiquer ; il est plus probable que le mot « Benjamin » en ce passage soit une erreur de copiste, et que le texte doive se lire : « Simon était de la [tribu sacerdotale] de Bilgah », si « Bilgah » est la lecture correcte. Voir Suk. 56a et art. Bilgah ; voir aussi Herzfeld, “Gesch. des Volkes Jisrael,” 1863, i. 218.
G. K.
Dans la littérature rabbinique : Le nom « Benjamin » reçoit diverses interprétations chez les Rabbins. Pour certains, il équivaut à D'D' p (« fils des jours »), parce que Benjamin naquit à son père dans sa vieillesse (Testament des Douze Patriarches, Benjamin i. ; Midrash Lekah-Tov ; et Rachi, éd. Berliner, sur Gen. xxxv. 18). D’autres rabbins interprètent Benjamin comme « fils du midi », puisqu’il fut le seul fils né à Jacob en Palestine, les autres étant nés en Mésopotamie (Rachi ad loc. ; “Sefer ha-Yashar,” Wayishlah, éd. Leghorn, p. 56b). Benjamin ne fut accordé à ses parents qu’après que Rachel eut jeûné et prié longuement pour un second fils (Testament des Douze Patriarches, Benjamin i. ; Num. R. xiv. 8), et non avant que Jacob eût cent ans (Testament…, ib. ; “Sefer ha-Yashar,” Wayishlah, ib. ; comparer Heilprin, “Seder ha-Dorot,” i. 52, éd. Varsovie).
Benjamin, frère de Joseph, ne prit pas part à la vente de Joseph (Sifre, Deut. 352) ; et pour consoler Benjamin de la destinée de son frère, Elohîm lui montra, en veille, la figure et le visage de Joseph (Testament des Douze Patriarches, Benjamin X. ; comp. Tan., éd. Buber, Wayesheb, 8).
Quand Benjamin fut retenu comme prétendu voleur de la coupe, Joseph feignit que Benjamin avait été poussé par ses frères. Mais Benjamin jura : « Aussi vrai que Joseph, mon frère, m’est enlevé, aussi vrai que l’on a fait de lui un esclave, je n’ai pas touché la coupe, et mes frères n’ont pas voulu me faire voler. » Pour prouver à Joseph la sainteté de la mémoire de son frère, Benjamin expliqua à Joseph comment il avait donné à ses dix fils des noms évoquant la perte de Joseph : le premier s’appela Belah, parce que Joseph avait disparu (‘‘englouti’’) ; le second Becher, parce que Joseph était le premier-né de sa mère ; le troisième Ashbel, parce que Joseph fut fait captif ; le quatrième Géra, parce qu’il vécut en pays étranger ; le cinquième Naaman, à cause de la belle parole de Joseph ; le sixième Ehi, « mon frère uni » ; le septième Bosh, « l’aîné » ; le huitième Muppim, parce que Joseph enseigna à Benjamin ce qu’il avait appris de son père ; le neuvième Huppim, « dont je n’ai pas vu le mariage » ; et le dixième Ard, parce que Joseph était comme une rose.
Le serment de Benjamin toucha Joseph si profondément qu’il ne put plus faire semblant d’être étranger, et se révéla à son frère (Tan., éd. Buber, Wayiggash, 7 ; les sens des noms sont aussi donnés en Sotah 36b ; Gen. K. xciv. 8). Selon une autre aggadah (connue d’une œuvre aussi ancienne que le Testament des Douze Patriarches, Benjamin ii.), Joseph se fit connaître à Benjamin avant de se réconcilier avec les autres frères. Le “Sefer ha-Yashar” (Nikketz 89) raconte que Joseph fit apporter une sorte d’astrolabe et demanda à Benjamin s’il ne pouvait en déduire la localisation du frère perdu ; à la stupéfaction de Joseph Benjamin déclara que l’homme sur le trône était son frère, et Joseph se révéla, exposant son dessein envers ses frères afin de tester s’ils se conduiraient fraternellement envers Benjamin s’il était en danger d’être privé de liberté.
Les Rabbins insistent sur le nom « bien-aimé du Seigneur » qui distingue Benjamin (Deut. xxxiii. 12 ; Sifre, Deut. 352). Il est compté parmi les quatre hommes qui moururent de la morsure du serpent au Paradis sans péché (les autres étant Amram, père de Moïse ; Jessé, père de David ; et Kileab, fils de David) (Shab. 55b). Sa comparaison au loup ravisseur (Cant. R. à viii. 1), « qui dévore son ennemi » (Gen. xlix. 27), est rapportée tantôt aux hommes de Shilo qui enlevèrent leurs femmes (Juges xxi.), tantôt à Ehud ou à Saül. D’autres la réfèrent à Mardochée et Esther (Gen. R. xcix. ; Tan., Wayehî, 14 ; ainsi aussi dans le texte original des Testaments des Douze Patriarches [Benjamin ii.] ; une interpolation chrétienne y réfère Paul).
Une interprétation lie la bénédiction à la précocité des fruits sur le territoire de Benjamin, et à l’extrême fertilité des régions de Jéricho et de Béthel ; une autre fait du terme « loup » une allusion à l’autel du Temple qui absorbait les sacrifices le matin et le soir (Gen. R. l.c. ; Targ. O. et Yer.).
G.
L’érection du Temple sur terre benjamite est expliquée de plusieurs façons. Il est raconté que Benjamin fut privilégié pour avoir le lieu du Temple sur son territoire parce que, parmi tous les patriarches tribaux, seul Benjamin n’avait pas pris part à la vente de Joseph (Sifre, Deut. 352, éd. Friedmann, The Tribe 146a). Car Elohîm dit : « Si eux — les Israélites — me bâtissent un Temple ailleurs et cherchent ma grâce, je pourrai leur accorder aussi peu de miséricorde qu’ils en montrèrent à leur frère Joseph. » Origène (“In Genesim,” xlii. 6) donne une autre raison, probablement basée sur la tradition juive (comp. Esther R. iii. 4), savoir : parce que Benjamin ne s’inclina pas devant Ésaü comme l’avaient fait ses frères et son père (Gen. xxxiii. 3-7), ni devant Joseph (ib. xlii. 6), son territoire fut réservé au culte d’Elohîm.
Les descendants de Benjamin ne furent pas toujours dignes de leur ancêtre, surtout à l’occasion de l’incident de Guibea (Juges xix.), mais malgré leur faute ils furent d’abord victorieux (Juges xx. 21-25) ; cela fut attribué à la colère d’Elohîm contre tout Israël, parce que celui-ci avait attaqué Benjamin pour le crime d’un individu tout en tolérant l’idolâtrie propagée par Micca (Pirke R. El. xxxviii.). Au début, l’intention des autres tribus était d’effacer entièrement Benjamin, puisque le nombre de douze tribus pouvait être conservé par Éphraïm et Manassé ; mais elles se rappelèrent la promesse d’Elohîm à Jacob peu avant la naissance de Benjamin (Gen. xxxv. 11) : « une nation et une réunion de nations sortiront de lui » ; et elles jugèrent nécessaire le maintien de l’existence de la tribu de Benjamin (Yer. Ta’anit iv. 69c ; Lam. R., Introduction, 33). Le jour de la réconciliation entre les tribus est dit être le 15e d’Av, et pour cette raison il fut fait jour de fête (ibid. ; comparer An, Fifteenth Day of). À une autre occasion, toutefois, les Benjamites montrèrent leur valeur : lorsqu’au passage de la Mer Rouge toutes les autres tribus reculèrent, seule la tribu de Benjamin eut foi en Elohîm et sauta dans la mer (Mekilta, Beshallah, Wayikra 5 ; Sotah 36b).
J. SR. L. G. — K.
Dans la littérature mahométane : Benjamin n’est pas nommé dans le Coran. L’histoire de Joseph est racontée dans la sourate xii., et il est fait à plusieurs reprises mention d’un frère particulier de Joseph. Ainsi, par ex., en v. 8, les autres frères disent : « En vérité, Joseph et son frère sont plus aimés de notre père que nous. » Baidawi explique que Benjamin est ainsi spécifié parce qu’il était frère de Joseph des deux côtés. Encore, en v. 69, « Et quand ils entrèrent auprès de Joseph, il prit son frère avec lui. » Baidawi explique qu’il le fit asseoir à sa table ou vivre chez lui. Il ajoute, d’après la tradition, que Joseph fit asseoir ses frères deux par deux ; ainsi Benjamin resta seul et pleura, disant : « Si mon frère Joseph vivait, il se serait assis avec moi. » Alors Joseph le fit asseoir à sa table.
G. D. B. M.
